Un train vers l'Europe
"Dis Pierrot, quand remangerons nous des galettes ?"
Etant remontes dans le train, continuant notre route vers l'ouest, nous pouvons nous considerer de retour en Europe. Nous avons loupe le panneau officiel annoncant "Russie europeenne" mais ca n'a pas d'importance, on le sent l'air de l'Europe.
Alors c'est le retour, deja. Les temples de marbre hindous ou l'on marche nus pieds, la vegetation folle de la jungle d'Asie du sud est sont deja loins. On oublie deja tout en revoyant l'Europe. Oublier non, mais ca parait loin, comme dans un reve, comme a chaque voyage. La danse des petits boutons d'or et des grands sapins n'arrive pas a nous consoler entierement. Comme le temps passe ! Hier, nous nous disputions avec les chinois, avant hier, nous aimions les indiens, aujourd'hui il n'y a plus que nos chers russes.
Nous n'avons meme pas perdu la boussole. Nous sommes par contre plus intelligents, tres certainement (si si). Nous avons pris en nous un peu du monde. Nous avons des images plein les yeux, plein la tete. Et alors que ce train file le long de la taiga sapineuse, nous repensons au brouillard s'elevant sur le Danube, s'enroulant autour des lumieres du Parlement. Nous repensons au froid hongrois, aux bains chauds, a cette sensation de bien-etre en eprouvant le contraste. Nous repensons aussi au premier depaysement, le roumain, a cette frontiere aux rues boueuses, aux petites maisons delabrees, aux Dacias de circonstance. Nous gardons en memoire les petites eglises en bois des Maramures, les montagnes de sapins blancs, les petites vieilles edentees nous interpellant pour nous presenter leur biserica. Et puis la route, toujours la route. Nous avons encore dans les yeux le soleil de la mer Noire, et l'eau bleue de Nessebar, ses petites maisons en bois. Nous frissonnons en repensant au gel de Koprivchtitsa, au portail du brave voisin. Nous nous sentirions presque bulgares en pensant a la cathedrale Levski, au cher Vassil Levski, et a tous nos amis de Sofia, Plovdiv et Assenovgrad. Nous deviendrions volontiers poetes en nous rememorant les bateaux longeant le Bosphore sous un air d'Inch'Allah. Puis notre coeur se serre a nouveau en pensant aux indiens, si loins deja. Combien de temps encore avant de revoir leurs sourires, leurs mains jointes pour un Namaste de bienvenue. Nous imaginons encore tres bien la couleur des saris, l'elegance des femmes aux longs cheveux noirs, le rire des plus pauvres qui n'eteignent jamais la radio bollywood pour ne pas perdre la joie de vivre. Nous entendons encore le vacarme de la rue, le bordel environnant, le silence des temples. La joie de l'Inde. Nous aimons encore sa chaleur. Bien sur nous vivons encore l'ambiance de Durbar Square, nous apercevons toujours les 1000 secrets de Kathmandu. Nous nous reverions bien dans la mer transparente de Ko phan'gan, sous les cocotiers, a prendre le temps de vivre. Nous repenserons toujours au Mekong qui tourbillonne, a Marguerite Duras, et aux stupas laos se detachant sur un ciel d'un bleu parfait, celui du paradis c'est certain. Nous allons tenter d'oublier les chinois qui furent penibles pour se souvenir de la beaute des montagnes de Dali ou nous avons vu la lune pour la premiere fois.
Il n'y a pas que le paysage qui defile dans ce train russe, les souvenirs prennent grande part au voyage. Et il faut qu'on se raisonne pour ne pas couler dans le patheticos pathetique. Ah ! Ce train. On y est bien. Le temps passe vite. En quelques jours ici, on a l'impression de faire juste un petit trajet. Pourtant c'est un vrai voyage, un long voyage. On se cree une petite maison exigue, avec une petite famille... de quelques jours. Pour l'occasion notre maison c'est le wagon platskart. Il s'agit de 56 places reparties en series de 4 couchettes qui font face a 2 autres. Rien n'est ferme, ne parlons plus d'intimite... Tout le monde sait dans les 5 minutes qu'un tel s'est coupe les ongles de pieds. C'est un exemple, deconnez pas. Meme les passagers les plus eloignes du wagon connaissent nos prenoms. Tout cela est tres convivial. Meme si on ne pete pas plus de 3 mots de russe, les gens sont tellement sympathiques et bavards que nous n'arretons pas de discuter. Cette fois ci nous avons meme deux petites familles puisque nous ne sommes pas dans le meme "compartiment".
Zoya Filipovna Espanolski partage son espace vital avec une grosse babouchka. La babouchka est une mamie russe presentant certains criteres constants, a savoir la corpulence (qui doit etre superieure a 360 de perimetre), la coiffure (qui se resume a 3 poils attaches en chignon), la robe a fleurs (qui s'apparente plutot a une robe de chambre hideuse), la dentition en or (sourire eclatant garanti). Alors ma grosse babouchka porte effectivement un tablier a fleurs dont rougirait meme le plus kitch des tapissiers. Elle parle tres fort, avec une voix un peu eraillee. Je ne pige rien evidemment mais j'ai quand meme compris qu'elle faisait beaucoup de petites blagues. Elle raconte des histoires en mimant les differents personnages avec un air si comique que je me marre quand meme. En face d'elle, une autre grand mere pas tres babouchka parce que bien trop maigre. Un peu osseuse, elle m'a d'abord parue severe, et repete a tout le monde que je "nie panimaie" c'est a dire que je ne comprends rien au russe. Je comprends tres bien tout ca, mais je fais semblant... Moi je suis sur la couchette du dessus. En face de moi, c'est une future babouchka, trop jeune encore de 10 ans, qui a deja la carrure (mais pas la robe de chambre). Celle ci est tres drole et me fait des clins d'oeil quand la vieille babouchka est trop conservatrice. Voyez-vous je comprends tout en n'y comprenant rien.
A cote Petar Erikovitch Volk a une famille adorable. D'abord il y a une jeune russe-kasakstanaise au visage metisse. Au grand bonheur de la compagnie, elle joue de la flute, et comme les russes adorent chanter c'est le wagon tout entier qui est venu l'accompagner dans son concerto. Ca donne ! Il y a ensuite nos deux petits vieux preferes. La baba etait professeur, son mouj, sculpteur sur bois. Ils s'adorent, se font des calins tout le temps. Ils nous apprecient, aussi ils nous invitent a partager leurs provisions. Et attention, quand on parle de provisions russes ce sont des valises entieres de bouffe ! Alors on passe notre temps a manger des tartines et des gateaux. Le matin, c'est tres dietetique : tartines de fromage (un fromage bizarre qui se situe entre la vache qui rit et le lait concentre) delicatement soupoudrees de pate. A tout cela on rajoute des gateaux secs, eux aussi recouverts du fromage sucre. C'est ignoble. Sans oublier la saucisse, element basique de tout repas russe. Les gens sont pas minces, et nous... on va finir gros ! Parce qu'a cote de nous il y a aussi une enorme madame avec ses 2 petites filles qui elles aussi nous font manger comme 2 porcinets. Arretez, c'est pas drole ! Impossible de refuser, ce serait fort impoli. La maman sourit tout le temps et elle a transmis sa gentillesse a sa progeniture. Les 2 petites sont adorables. Elles ont voulu apprendre le fransuz, et se sont fait des listes entieres de vocabulaire. Ce qui fait que tout ce beau monde nous parle en petit francais. Et nous on a du mal a placer nos 3 mots de russe... merdouski. Bref notre platskart est tres familial et ca change un peu des militaires noyes dans la vodka.
Depuis 3 jours on ne voit plus que des sapins. C'est un peu ennuyeux la taiga. Il fait de plus en plus chaud. L'heure de Moscou est de moins en moins absurde. Bref on s'approche. Le train file vers l'Europe. Nous avons depasse la Siberie, c'est fini, passe l'Oural, au revoir Asie. Il faut qu'on s'y fasse. Les maisons se font moins isolees. Elles sont toujours en bois, bien mignonnes avec leurs volets peints. On decouvre des villages desormais. Maintenant on voit meme des eglises dans la campagne, avec leurs domes orthodoxes aux couleurs vives. Le train va plus vite. Tout se presse. Nous sommes presque a Moscou. Davai. Nous sommes a Moscou.
Etant remontes dans le train, continuant notre route vers l'ouest, nous pouvons nous considerer de retour en Europe. Nous avons loupe le panneau officiel annoncant "Russie europeenne" mais ca n'a pas d'importance, on le sent l'air de l'Europe.
Alors c'est le retour, deja. Les temples de marbre hindous ou l'on marche nus pieds, la vegetation folle de la jungle d'Asie du sud est sont deja loins. On oublie deja tout en revoyant l'Europe. Oublier non, mais ca parait loin, comme dans un reve, comme a chaque voyage. La danse des petits boutons d'or et des grands sapins n'arrive pas a nous consoler entierement. Comme le temps passe ! Hier, nous nous disputions avec les chinois, avant hier, nous aimions les indiens, aujourd'hui il n'y a plus que nos chers russes.
Nous n'avons meme pas perdu la boussole. Nous sommes par contre plus intelligents, tres certainement (si si). Nous avons pris en nous un peu du monde. Nous avons des images plein les yeux, plein la tete. Et alors que ce train file le long de la taiga sapineuse, nous repensons au brouillard s'elevant sur le Danube, s'enroulant autour des lumieres du Parlement. Nous repensons au froid hongrois, aux bains chauds, a cette sensation de bien-etre en eprouvant le contraste. Nous repensons aussi au premier depaysement, le roumain, a cette frontiere aux rues boueuses, aux petites maisons delabrees, aux Dacias de circonstance. Nous gardons en memoire les petites eglises en bois des Maramures, les montagnes de sapins blancs, les petites vieilles edentees nous interpellant pour nous presenter leur biserica. Et puis la route, toujours la route. Nous avons encore dans les yeux le soleil de la mer Noire, et l'eau bleue de Nessebar, ses petites maisons en bois. Nous frissonnons en repensant au gel de Koprivchtitsa, au portail du brave voisin. Nous nous sentirions presque bulgares en pensant a la cathedrale Levski, au cher Vassil Levski, et a tous nos amis de Sofia, Plovdiv et Assenovgrad. Nous deviendrions volontiers poetes en nous rememorant les bateaux longeant le Bosphore sous un air d'Inch'Allah. Puis notre coeur se serre a nouveau en pensant aux indiens, si loins deja. Combien de temps encore avant de revoir leurs sourires, leurs mains jointes pour un Namaste de bienvenue. Nous imaginons encore tres bien la couleur des saris, l'elegance des femmes aux longs cheveux noirs, le rire des plus pauvres qui n'eteignent jamais la radio bollywood pour ne pas perdre la joie de vivre. Nous entendons encore le vacarme de la rue, le bordel environnant, le silence des temples. La joie de l'Inde. Nous aimons encore sa chaleur. Bien sur nous vivons encore l'ambiance de Durbar Square, nous apercevons toujours les 1000 secrets de Kathmandu. Nous nous reverions bien dans la mer transparente de Ko phan'gan, sous les cocotiers, a prendre le temps de vivre. Nous repenserons toujours au Mekong qui tourbillonne, a Marguerite Duras, et aux stupas laos se detachant sur un ciel d'un bleu parfait, celui du paradis c'est certain. Nous allons tenter d'oublier les chinois qui furent penibles pour se souvenir de la beaute des montagnes de Dali ou nous avons vu la lune pour la premiere fois.
Il n'y a pas que le paysage qui defile dans ce train russe, les souvenirs prennent grande part au voyage. Et il faut qu'on se raisonne pour ne pas couler dans le patheticos pathetique. Ah ! Ce train. On y est bien. Le temps passe vite. En quelques jours ici, on a l'impression de faire juste un petit trajet. Pourtant c'est un vrai voyage, un long voyage. On se cree une petite maison exigue, avec une petite famille... de quelques jours. Pour l'occasion notre maison c'est le wagon platskart. Il s'agit de 56 places reparties en series de 4 couchettes qui font face a 2 autres. Rien n'est ferme, ne parlons plus d'intimite... Tout le monde sait dans les 5 minutes qu'un tel s'est coupe les ongles de pieds. C'est un exemple, deconnez pas. Meme les passagers les plus eloignes du wagon connaissent nos prenoms. Tout cela est tres convivial. Meme si on ne pete pas plus de 3 mots de russe, les gens sont tellement sympathiques et bavards que nous n'arretons pas de discuter. Cette fois ci nous avons meme deux petites familles puisque nous ne sommes pas dans le meme "compartiment".
Zoya Filipovna Espanolski partage son espace vital avec une grosse babouchka. La babouchka est une mamie russe presentant certains criteres constants, a savoir la corpulence (qui doit etre superieure a 360 de perimetre), la coiffure (qui se resume a 3 poils attaches en chignon), la robe a fleurs (qui s'apparente plutot a une robe de chambre hideuse), la dentition en or (sourire eclatant garanti). Alors ma grosse babouchka porte effectivement un tablier a fleurs dont rougirait meme le plus kitch des tapissiers. Elle parle tres fort, avec une voix un peu eraillee. Je ne pige rien evidemment mais j'ai quand meme compris qu'elle faisait beaucoup de petites blagues. Elle raconte des histoires en mimant les differents personnages avec un air si comique que je me marre quand meme. En face d'elle, une autre grand mere pas tres babouchka parce que bien trop maigre. Un peu osseuse, elle m'a d'abord parue severe, et repete a tout le monde que je "nie panimaie" c'est a dire que je ne comprends rien au russe. Je comprends tres bien tout ca, mais je fais semblant... Moi je suis sur la couchette du dessus. En face de moi, c'est une future babouchka, trop jeune encore de 10 ans, qui a deja la carrure (mais pas la robe de chambre). Celle ci est tres drole et me fait des clins d'oeil quand la vieille babouchka est trop conservatrice. Voyez-vous je comprends tout en n'y comprenant rien.
A cote Petar Erikovitch Volk a une famille adorable. D'abord il y a une jeune russe-kasakstanaise au visage metisse. Au grand bonheur de la compagnie, elle joue de la flute, et comme les russes adorent chanter c'est le wagon tout entier qui est venu l'accompagner dans son concerto. Ca donne ! Il y a ensuite nos deux petits vieux preferes. La baba etait professeur, son mouj, sculpteur sur bois. Ils s'adorent, se font des calins tout le temps. Ils nous apprecient, aussi ils nous invitent a partager leurs provisions. Et attention, quand on parle de provisions russes ce sont des valises entieres de bouffe ! Alors on passe notre temps a manger des tartines et des gateaux. Le matin, c'est tres dietetique : tartines de fromage (un fromage bizarre qui se situe entre la vache qui rit et le lait concentre) delicatement soupoudrees de pate. A tout cela on rajoute des gateaux secs, eux aussi recouverts du fromage sucre. C'est ignoble. Sans oublier la saucisse, element basique de tout repas russe. Les gens sont pas minces, et nous... on va finir gros ! Parce qu'a cote de nous il y a aussi une enorme madame avec ses 2 petites filles qui elles aussi nous font manger comme 2 porcinets. Arretez, c'est pas drole ! Impossible de refuser, ce serait fort impoli. La maman sourit tout le temps et elle a transmis sa gentillesse a sa progeniture. Les 2 petites sont adorables. Elles ont voulu apprendre le fransuz, et se sont fait des listes entieres de vocabulaire. Ce qui fait que tout ce beau monde nous parle en petit francais. Et nous on a du mal a placer nos 3 mots de russe... merdouski. Bref notre platskart est tres familial et ca change un peu des militaires noyes dans la vodka.
Depuis 3 jours on ne voit plus que des sapins. C'est un peu ennuyeux la taiga. Il fait de plus en plus chaud. L'heure de Moscou est de moins en moins absurde. Bref on s'approche. Le train file vers l'Europe. Nous avons depasse la Siberie, c'est fini, passe l'Oural, au revoir Asie. Il faut qu'on s'y fasse. Les maisons se font moins isolees. Elles sont toujours en bois, bien mignonnes avec leurs volets peints. On decouvre des villages desormais. Maintenant on voit meme des eglises dans la campagne, avec leurs domes orthodoxes aux couleurs vives. Le train va plus vite. Tout se presse. Nous sommes presque a Moscou. Davai. Nous sommes a Moscou.


1 Comments:
Vous nous avez fait là, un merveilleux chapitre.
Mais n'allez pas pleurer, il y a de jolis pays un peu partout.
Connaissez- vous le canton de 12-Bozouls?
Enregistrer un commentaire
<< Home